Avec Engagé RSE, la filière bétail et viande la joue durable

Crédit : Getty Images

Questionnée sur son empreinte environnementale, sur le bien-être animal et par les nouvelles habitudes alimentaires, l’interprofession bétail et viande a déployé une démarche de responsabilité sociétale que vient couronner le label Engagé RSE.

On connaissait la RSE appliquée à l’échelle d’une fédération professionnelle, comme les vignerons, les agences de communication ou les carriers qui expérimentent un label sectoriel avec AFNOR Certification dans le cadre de la Plateforme RSE. Mais on connaît moins la RSE appliquée à l’échelle d’une interprofession. Interbev, interprofession du bétail et de la viande, pratique cet exercice depuis plusieurs années. En 2017, l’exercice a débouché sur un manifeste, le « pacte pour un engagement sociétal », et en 2018, sur une labellisation « Engagé RSE » en bonne et due forme.

Engagé RSE : la responsabilité sociétale de la pâture à l’assiette

Le label obtenu authentifie une dynamique nationale de progrès, déployée en mode « interpro » autour des enjeux sociétaux auxquels sont confrontées les activités de production, de transport et de transformation des viandes de ruminant. Objectif de Bruno Dufayet, éleveur bovin dans le Cantal et président de la commission « enjeux sociétaux » d’Interbev: « Que demain, le consommateur citoyen puisse choisir nos produits avec l’assurance que les critères de RSE sont respectés à chaque maillon de la filière ».

Bruno Dufayet poursuit : « L’élevage à la française relève d’un modèle clairement plus soutenable que celui d’autres grands pays exportateurs agricoles ». Pour autant, « l’identification et la diffusion des meilleures pratiques de RSE au sein de nos 21 branches professionnelles, des 250 000 élevages jusqu’à l’ensemble des boucheries et enseignes de distribution, est un défi perpétuel ». Pas question de se reposer sur ses lauriers !

Avantage du label Engagé RSE, par opposition aux signes de confiance autoproclamés : « il atteste d’un vrai engagement », arguments à l’appui, vérifiés par un tiers extérieur, bien utile en cas de controverses. Et elles ne manquent pas ! Vidéos sur la maltraitance des animaux, empreinte carbone de l’élevage, essor de la nourriture vegan… La démarche d’Interbev, déployée de la pâture à l’assiette, est antérieure à ces offensives médiatiques, mais de facto, elle leur coupe l’herbe sous le pied. « Notre engagement fait suite à un dialogue constructif avec nos parties prenantes externes. Le processus de notre labellisation est aux antipodes d’un coup marketing », martèle Bruno Dufayet.

Moins 15 % d’émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2025

Le label Engagé RSE vient couronner une démarche de fond, initiée après une première étape constistant à faire l’état des lieux de la façon dont est déclinée la RSE en interne : le diagnostic ISO 26000, ainsi nommé car basé sur la norme du même nom. Pour Olivier Graffin, l’évaluateur d’AFNOR Certification missionné chez Interbev, « l’une des vertus de la labellisation est de révéler -au sens photographique – l’image exhaustive des impacts, d’identifier l’état de l’art en termes de pratiques à mettre en valeur et partager. Et aussi, de crédibiliser une feuille de route de façon à répondre aux défis. »

Dans cet esprit, Interbev a répertorié les enjeux sociétaux de la filière en quatre catégories : environnement (dont les émissions de gaz à effet de serre de l’élevage bovin, qu’elle veut réduire de 15 % en dix ans au titre d’un programme baptisé ”Life Beef Carbon”), bien-être animal (indicateurs scientifiquement validés, guides de bonnes pratiques à chaque étape), nutrition (portions raisonnables, qualité plutôt que quantité) et social (rémunération équitable, qualité de vie au travail).

En finir avec l’entre-soi

« La RSE selon l’ISO 26000 invite l’organisation qui s’en réclame à exercer son devoir d’influence positive, explique Olivier Graffin. Éveiller son secteur au développement durable, imaginer les métiers de demain, dessiner un futur responsable, c’est le rôle d’une organisation professionnelle. Interbev l’a compris et s’y attelle. » Son programme Inn’Ovin pour rendre plus attractifs les métiers de la filière ovine, par exemple, s’inscrit dans cette démarche et, à ce titre, a pesé dans la décision d’accorder le label.

Bruno Dufayet, président de la commission Enjeux sociétaux d’Interbev. Crédit : DR

Pour Bruno Dufayet, l’exercice a également le mérite de faire sauter un verrou : « la tentation de l’entre soi ». « Raisonner en termes de parties prenantes, c’est ne plus avoir peur d’écouter, de dialoguer avec des interlocuteurs externes, comme nous avons commencé à le faire avec des ONG environnementales dès 2013 », indique-t-il. C’est aussi s’appuyer sur les travaux de recherche scientifique, par exemple pour lutter contre l’antibiorésistance. Le tout, en faisant vivre l’esprit de l’amélioration continue qui colle à la démarche. Labellisée au niveau « confirmé » du classement d’Engagé RSE (c’est-à-dire 3 sur 4), Interbev peut ainsi raisonnablement viser le niveau « exemplaire » pour sa prochaine évaluation.

Demander le label Engagé RSE

2013-2019 : six ans de RSE chez Interbev

  • 2013 : instauration d’un dialogue avec des ONG écologistes puis de protection animale
  • 2015 : création de la commission « enjeux sociétaux », présidée par Bruno Dufayet
  • 2016 : diagnostic ISO 26000 en vue d’un état de l’art des pratiques sociétales
  • 2017 : présentation des feuilles de routes et plans de filières aux États généraux de l’alimentation
  • 2018 : diffusion du manifeste pour un Pacte d’engagement sociétal de la filière bétail et viande
  • 2018 : obtention du label Engagé RSE, confirmé (niveau 3 sur 4)
  • 2019 : déploiement des engagements de chaque corps de métier converti aux meilleures pratiques dans son domaine

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *